Les indicateurs de recherche
Les gouvernements exigent de tous ceux qui utilisent des fonds publics d'en
être imputables. Ils demandent aux universitaires de démontrer
que l'argent consacré à la recherche a des retombées
pour la société. Les grands conseils subventionnaires nous
répètent qu'ils doivent trouver des moyens pour convaincre
les politiciens que l'argent consacré à la recherche est un
bon investissement.
Peut-on mesurer les retombées de la recherche universitaire? Certainement.
Peut-on convaincre l'opinion publique du bien-fondé d'investir des
sommes relativement importantes en recherche? Certainement.
Mais cette démonstration exige un certain nombre de préalables.
D'abord une petite partie de tout l'argent en R-D est consacrée à
la recherche universitaire, la plus grande part allant à l'industrie
ou à des organismes gouvernementaux. Ensuite il faut rappeler, à
temps et à contretemps, que la mission spécifique de l'Université
en recherche c'est d'abord la formation et l'avancement des connaissances.
Cela n'exclut pas la recherche contractuelle mais la met en perspective.
Une fois ces données de base bien établies, on peut parler
d'indicateurs de recherche à condition de se rappeler que l'utilité
de la recherche n'est pas qu'économique, elle est aussi sociale et
culturelle et que tout n'est pas quantifiable. Cela étant dit, quels
sont ces indicateurs? Est-ce possible de développer une méthodologie
commune à toutes les universités du Québec?
Animateur : M. René-Paul Fournier
Directeur du Service des études avancées et de la recherche,
INRS
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programme du colloque 1996 de l'ADARUQ
Le financement de la recherche
L'université est d'abord et avant tout financée pour les services
d'enseignement qu'elle dispense. C'est pourquoi le financement est pour
une bonne part fonction du nombre d'étudiants inscrits pour lequel
elle reçoit des montants qui varient selon les disciplines et les
niveaux d'études.
Quant à la recherche, elle doit en bonne partie se financer par des
subventions et des contrats. D'une manière générale,
on peut dire que plus une université fait de recherche, plus elle
s'appauvrit matériellement. Pourtant, l'expansion de la connaissance
fait partie de la mission universitaire, et la recherche est un élément
essentiel de la formation aux grades supérieurs.
Le gouvernement du Québec reconnaît, en affectant une pondération
accrue aux nombres d'étudiants de deuxième et troisième
cycles, la plus grande intensité du travail d'encadrement pour ces
niveaux d'études. Il reconnaît aussi, en principe, que la recherche
implique des frais indirects. Plusieurs études américaines
ont démontré que la recherche universitaire comporte de 45
à 50 pour-cent de frais indirects. Le gouvernement du Québec
verse 15%; le gouvernement fédéral ne paie pas de frais indirects,
selon l'argument que la formule de financement des programmes établis
constitue sa contribution à l'infrastructure universitaire. Cependant,
l'argument perd de sa force à mesure que le gouvernement du Canada
diminue ses contributions. Par ailleurs, les universités ont convenu,
du moins au Québec, d'exiger 40% pour frais indirects dans le cas
de contrats et 15% pour les subventions d'organismes non accrédités,
ce qui est d'emblée justifié.
De plus en plus, certains coûts d'infrastructure qui jadis étaient
pris en charge par les universités sont désormais imputés
aux budgets des chercheurs, parfois par des moyens indirects. Il serait
peut-être à l'avantage des chercheurs de voir un certain assouplissement
du côté des conseils subventionnaires, de façon à
permettre au moins certaines dépenses au niveau des infrastructures,
dépenses nécessaires qui risquent fort de n'être prises
en charge par personne.
Animateur : M. Pierre Bélanger
Vice-recteur à la recherche, Université McGill
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Faut-il choisir entre l'enseignement et la recherche?
La question n'est pas nouvelle, mais depuis le Rapport Smith et les déclarations
tonitruantes d'un certain ministre de l'éducation du Québec,
fortement applaudi par des leaders étudiants, elle est devenue plus
préoccupante. Elle le deviendra encore davantage dans le contexte
des compressions budgétaires.
Il n'est pas vrai que toute personne qui enseigne à l'université
est un chercheur actif. Cependant, si à l'instar d'Ernest Boyer,
on définit la recherche pour y inclure ce qu'il appelle le "scholarship",
plus de professeurs qu'on ne le dit font de la recherche. Ce qui compte,
c'est que tous aient reçu une solide formation en recherche et que
dans chaque unité d'enseignement il y ait une masse critique de chercheurs
actifs pour que les étudiants puissent bénéficier dès
le premier cycle d'un climat où enseignement et recherche vivent
en symbiose. Quant au reste, il faudrait moduler la tâche des professeurs
selon qu'ils sont plus ou moins actifs en recherche et aux études
supérieures à diverses étapes de leur carrière.
S'il est évident pour ceux qui dirigent des étudiants à
la maîtrise ou au doctorat, le lien entre enseignement et recherche
doit être réitéré et surtout on doit en tirer
les conséquences qui en résultent pour la tâche des
professeurs et pour crever le mythe que la recherche se fait au détriment
de l'enseignement. Ce lien existe-t-il au premier cycle? Chose certaine,
dans un monde où on aura à parfaire indéfiniment sa
formation, où on devra changer d'orientation de carrière à
plusieurs reprises, il est indispensable de développer chez l'étudiant
que nous formons des habiletés intellectuelles transposables dans
tous les milieux de travail. Peut-on développer ces habiletés
dans un milieu où on ne fait pas de recherche?
Animateur : M. Camille Limoges
Professeur titulaire, Université du Québec à Montréal
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Les spécialistes de sciences sociales et humaines ont souvent
l'impression d'être les parents pauvres de la recherche. Un grand
nombre de chercheurs déplorent fréquemment que la recherche
en ces domaines n'est pas reconnue à sa juste valeur, notamment parce
qu'elle n'est pas "utile" et qu'elle a peu de retombées
économiques quantifiables.
Plus encore, plusieurs reprochent tant aux conseils subventionnaires qu'aux
administrations universitaires de ne pas prendre suffisamment en compte
la très grande diversité des objets de recherche, des méthodologies,
des modes d'organisation de la recherche et de la manière d'évaluer
les résultats en sciences sociales et humaines.
Les spécialistes de sciences sociales, les humanistes et les créateurs
contribuent eux aussi à la recherche et à la qualité
de vie d'un pays.
Animateur : M. Paul Bernard
Professeur titulaire, Université de Montréal
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