Résumé des discussions lors des ateliers sur
Animateur de l'atelier: M. Alain Caillé
Vice-recteur à la recherche
Université de Sherbrooke
Secrétaire de l'atelier: M. Michel Morin
Agent de recherche
Décanat des études avancées et de la recherche
Université du Québec à Trois-Rivières
La communication publique de la recherche pose toutefois un certain nombre
de problèmes dont entre autres le fait que ce ne sont pas tous les
chercheurs qui ont développé les habiletés à
vulgariser leurs travaux de recherche et à communiquer aisément
avec un public non-initié. De plus, il n'existe pas beaucoup de lieux
réservés à la communication publique de la recherche
et lorsqu'ils existent, les chercheurs n'ont pas facilement accès
à ces tribunes en raison de la distance qui existe entre autres,
entre les chercheurs et les associations professionnelles.
On doit également reconnaître que les interlocuteurs visés
par la communication publique de la recherche ne sont pas toujours nombreux
à l'écoute. En effet, les politiciens sont préoccupés
par des problèmes qu'ils jugent plus urgents, au sein des ministères,
on s'affaire à l'application de politiques alors que dans les entreprises,
la gestion courante des opérations draine la plus grande partie des
énergies, laissant peu de place au développement et aux innovations
technologiques.
On peut identifier certains facteurs militant en faveur de l'élaboration
d'une stratégie de communication publique de la recherche. A une
époque où les nouvelles technologies pénètrent
de plus en plus la vie quotidienne d'une partie grandissante de la population,
on rapporte néanmoins que de moins en moins d'individus se sentent
à l'aise avec la science.
Il apparaît également que les programmes d'enseignement des
niveaux secondaire et collégial ne contribuent pas de façon
sensible au développement de la culture scientifique malgré
le fait que cette population est elle-même de plus en plus exposée
aux applications concrètes de la science. Ces deux constatations
au niveau du grand public peuvent soulever la question de la capacité
du public à aborder avec un esprit critique l'adoption de nouvelles
politiques sociales des technologies dans le contexte d'une pénétration
grandissante de celles-ci dans la vie de tous les jours.
On estime que les gestionnaires d'entreprises qui ont eu l'opportunité
d'acquérir une culture scientifique démontrent une plus grande
ouverture à l'implantation des technologies de pointe et en font
une utilisation efficace. D'autre part, les gestionnaires qui ne sont pas
à l'aise avec la science se montrent très prudents et même
réticents et ratent parfois des opportunités d'améliorer
la productivité de leurs entreprises.
Enfin, il faut aborder la question de l'image qui se dégage de la
recherche universitaire. Aux yeux de certains décideurs politiques,
la recherche universitaire, occultée par la perception qu'ils ont
des universités, présente un niveau de faible efficacité
en regard des sommes qui y sont investies; pour d'autres, la recherche universitaire
se porte bien et il n'est pas nécessaire de s'en préoccuper
à l'heure où tant d'autres problèmes sont de plus en
plus présents. A ce discours en quelque sorte utilitariste qui milite
en faveur de la réduction des budgets de recherche et qui offre peu
de garantie en termes de développement des connaissances, il faudrait
répondre un message culturel visant à élever le niveau
de sensibilité de la société à la culture scientifique.
Tel qu'évoqué plus haut, ce défaut de perception existe
également au sein des entreprises. Bon nombre de gestionnaires, ayant
déjà eu un contact avec l'université et souvent détenteurs
d'un diplôme universitaire considèrent que la recherche universitaire
peut aider leur entreprise et font une utilisation efficace des résultats
de recherche. D'autres la considèrent comme une menace à leur
fonctionnement habituel, ne voient pas en quoi elle peut leur être
utile ou ignorent complètement son existence.
Enfin, plusieurs dirigeants d'entreprises considèrent la recherche
universitaire comme inefficace car elle n'apporte pas de solution immédiate
à leurs problèmes ou parce qu'elle ne fournit pas le "produit
miracle" susceptible d'améliorer la position concurrentielle
de l'entreprise.
Il ressort que les associations à succès entre les entreprises
et les universités n'ont pas été suffisamment publicisées.
Des efforts accrus doivent être consacrés à l'impact
de la valorisation de la recherche tant pour les partenaires que pour les
universitaires.
La communauté scientifique doit s'impliquer dans la communication
publique de la recherche en visant:
La communauté scientifique doit se donner une stratégie d'action
afin d'encourager la réalisation d'une politique scientifique au
Québec. Elle doit également viser à faire reconnaître
par les organismes subventionnaires les efforts déployés par
les chercheurs pour communiquer les résultats de leur recherche à
un public élargi. Souvent par le passé, des chercheurs se
sont sentis pénalisés lorsqu'ils s'adonnaient à la
diffusion de leurs travaux à des auditoires non-initiés.
Une troisième démarche doit permettre d'identifier des alliés
qui ont de l'influence auprès des décideurs politiques. Ces
alliés doivent faire connaître le rôle de la recherche
universitaire, les activités de valorisation de la recherche universitaire
et les impacts des décisions politiques la touchant.
On suggère de créer un réseau de communication publique
de la recherche. La première étape de cette démarche
au Québec pourrait être de confier à l'ADARUQ et à
l'ACFAS la responsabilité de former un comité dont le mandat
serait d'examiner les façons de pénétrer les milieux
politique et social. Ce comité pourrait comprendre des représentants
de divers groupes-cibles. Il serait ainsi possible de créer des alliances
avec diverses associations professionnelles. L'ADRIQ pourrait également
être impliquée dans cette réflexion.
Au niveau national, il serait souhaitable qu'un organisme existant prenne
en charge l'organisation d'événements nationaux, provinciaux
ou régionaux visant la diffusion publique de la recherche.
Afin d'inciter les chercheurs à s'impliquer davantage dans la communication
publique de la recherche, on suggère d'établir une concertation
entre la communauté scientifique et les organismes subventionnaires
afin que soit reconnue la communication publique de la recherche lors de
l'évaluation des dossiers des chercheurs.
Parmi tous les intervenants, il apparaît que les chercheurs et la
communauté scientifique toute entière doivent jouer un rôle
majeur afin de faire connaître et reconnaître l'importance de
la recherche universitaire et ses impacts sur les plans culturel, économique
et social. Ces efforts de la communauté scientifique devraient mener
à une concertation avec les administrateurs de recherche universitaire,
les organismes subventionnaires, les associations professionnelles et les
représentants des ministères. Ce mouvement doit viser les
décideurs politiques afin d'assurer la protection des budgets de
recherche universitaire, les usagers potentiels en vue d'une valorisation
accrue des résultats de recherche et la population en général
aux fins du développement de la culture scientifique.
Animateur de l'atelier : M. André Thibault,
vice-recteur à l'enseignement et à la recherche
Université du Québec à Trois-Rivières
Secrétaire de l'atelier: M. Christian Doré
Agent de recherche
VPER/Service des études avancées et de la recherche
Université du Québec
Animateur de l'atelier : Mme Érika Besso
Directrice
Service de la recherche
Université Concordia
Secrétaire de l'atelier: M. Cédrick Pautel
Agent de recherche
Décanat des études avancées et de la recherche
Université du Québec à Trois-Rivières
Il ne fait aucun doute que les milieux universitaire et industriel possèdent
des cultures différentes et même, à certains égards,
contradictoires. La plus importante différence culturelle réside
probablement dans la définition de la mesure d'impact: tandis que
pour le milieu industriel, l'impact se mesure à court terme par le
calcul de la rentabilité; au sein du milieu universitaire, l'impact
se mesure à long terme par le progrès des connaissances. Une
fois reconnue l'existence de cette différence culturelle, que peut-on
faire pour la combler?
D'abord, bien se connaître
Il est probable que les milieux universitaire et industriel ne parviendront
jamais à aplanir toutes leurs différences de culture. Il s'agit
là d'une mission impossible. Mais ils peuvent cependant établir
des ponts à partir desquels une collaboration mutuellement bénéfique
pourra s'établir.
À cet égard, une bonne stratégie de partenariat repose
d'abord et avant tout sur une bonne connaissance mutuelle des partenaires.
Ceux-ci ont un double intérêt à bien définir
leurs limites et leurs contraintes respectives: Afin, d'une part, d'éviter
de créer de fausses attentes chez leur partenaire et, d'autre part,
de bénéficier de son empathie.
Malheureusement, on a parfois tendance à bâcler les premières
étapes d'un partenariat, sous la pression des échéanciers
imposés pour le dépôt des demandes de subventions. Or,
l'expérience démontre qu'il vaut mieux, dès le départ,
bien définir les attentes -et surtout- les responsabilités
de chacun. Il faut aussi clairement établir les conditions matérielles
nécessaires à la réalisation du projet si l'on veut
éviter les déceptions ultérieures. En somme, il vaut
mieux prévenir que guérir.
Ensuite, tenir compte des limites de chacun
S'il est nécessaire de bien se connaître, il faut également
tenir compte des limites de chacun des partenaires.
Du côté des entreprises, bien que certaines se montrent encore
trop peu sensibilisées à l'utilité de la recherche,
plusieurs connaissent également leur lot de difficultés: fermetures,
réaménagement au sein du personnel, coupures budgétaires,
changement de direction, etc. Ces événements entraînent
parfois l'abandon ou le report de projets de recherche de longue haleine
au sein desquels énormément de temps et d'énergie ont
été investis.
Du côté des universités, encore aujourd'hui, la contribution
d'un professeur à la solution d'un problème en entreprise
n'est pas nécessairement reconnue dans sa tâche. Ainsi, certains
directeurs de départements s'objectent à ce que les professeurs
non encore agrégés soient sollicités pour des projets
en entreprise, car ils souhaitent que ces professeurs concentrent leurs
efforts au développement de leur carrière (publications et
recherche).
Il faut dire qu'auparavant, les liens avec l'entreprise étaient plutôt
mal perçus et il s'était développé une sorte
de tabou à ce sujet. Aujourd'hui, la réalité vécue
par les étudiants et par les universités a considérablement
changé mais cette nouvelle réalité n'est pas nécessairement
parfaitement intégrée par tous.
Pourtant, il ne fait aucun doute qu'un professeur travaillant en lien avec
l'industrie pourra mieux former ses étudiants aux exigences du marché
du travail. C'est pourquoi les universités ne devraient pas hésiter
à investir dans le développement de liens avec le milieu industriel.
Ainsi, tout projet de partenariat devrait faire l'objet d'un suivi serré
-sur le plan administratif et des échéanciers- par quelqu'un
embauché à cette fin. Il est clair que les professeurs n'ont
ni le temps, ni la formation requise pour assumer ce genre de responsabilités.
Enfin, placer l'étudiant au coeur du partenariat
Enfin, il ne faut pas oublier que la recherche universitaire a pour but
premier de former les étudiants de maîtrise et de doctorat.
À cet égard, les entreprises et les universités ne
partagent pas toujours les mêmes intérêts. Par exemple,
en ce qui a trait à la confidentialité des données
de recherche ou encore aux échéances propres à l'évaluation
d'un mémoire de maîtrise ou d'une thèse de doctorat.
Malgré cela, la collaboration avec le milieu industriel demeure bénéfique
pour les étudiants et ce, à plusieurs égards.
Elle leur donne tout d'abord l'occasion d'acquérir une expérience
concrète en milieu de travail, avec tout ce que cela comporte en
termes d'apprentissages, que ce soit sur le plan des connaissances disciplinaires
(le savoir), des apprentissages pratiques (savoir-faire) ou sur le plan
des attitudes et des comportements (savoir-être). Ainsi, les étudiants
formés en entreprise seront davantage sensibles aux préoccupations
qui ont cours en milieu de travail, comme le respect des échéances,
les contraintes financières et les exigences de la propriété
intellectuelle.
Elle leur donne également l'opportunité de travailler sur
un sujet touchant de près les besoins réels du milieu industriel,
les situant ainsi à la fine pointe de leur discipline. Ce qui peut
faciliter leur entrée sur le marché du travail.
Enfin, elle leur fournit souvent une source de rémunération
durant leurs études. Compte tenu de la hausse des frais de scolarité
et du niveau d'endettement atteint par plusieurs étudiants, c'est
un avantage à ne pas négliger.
HISTORIQUEMENT, les collaborations de recherche entre les milieux industriel
et universitaire se sont d'abord développées avec de grandes
entreprises. Aujourd'hui, de plus en plus de projets de partenariat se réalisent
avec la PME. Quelles formes de collaboration privilégier avec ce
type d'entreprise?
Compte tenu de sa taille et de sa structure, l'université ressemble
davantage à la grande entreprise qu'à la PME. Mais le nombre
de grandes entreprises étant limité au Québec (l'économie
québécoise est constituée à près de 97%
d'entreprises de moins de 50 employés) l'université a tout
intérêt à se tourner vers la PME:
Des besoins particuliers
Mais le développement de partenariats de recherche avec la PME doit
tenir compte des particularités qui caractérisent souvent
ce type d'entreprise: un état d'urgence permanent et des ressources
limitées.
La PME est un partenaire pressé. Lorsqu'elle vient frapper à
la porte de l'université, c'est qu'elle se confronte à un
problème immédiat auquel elle doit apporter une solution de
toute urgence. Pour elle, il s'agit souvent d'une question de survie. Or,
les ressources qu'elle peut affecter à la solution de son problème
sont, la plupart du temps, limitées et il lui est parfois difficile
d'accepter que l'université ne puisse être une source de financement
pour sa R&D.
En effet, l'université est financée par des fonds publics,
perçus à même les taxes des contribuables. Elle est
donc tenue à l'imputabilité et doit faire preuve d'une gestion
particulièrement rigoureuse des fonds qui lui sont confiés.
Cette obligation de rigueur financière se traduit, entre autre, par
la perception de frais indirects de recherche. Or, ces frais sont souvent
considérés comme un obstacle majeur au développement
de partenariats de recherche avec la PME. Il est vrai que le calcul des
frais indirects a été établi à une époque
où les partenariats de recherche concernaient presque exclusivement
des grandes entreprises. Or, contrairement, à la grande entreprise,
la PME peut difficilement supporter des frais indirects de 30 à 40%
des coûts de sa recherche.
Par contre, certaines exemptions fiscales existent qui peuvent amoindrir
considérablement le fardeau des frais indirects. Contrairement, ici
encore, à la grande entreprise, la PME méconnaît souvent
ces possibilités d'exemption fiscale. C'est alors le rôle de
l'université, particulièrement de ses bureaux spécialisés
(BLEU), d'informer adéquatement la PME.
En somme, la PME exige une plus grande flexibilité de la part de
l'Université. Elle est par définition plus vulnérable
et donc par nature plus inquiète. Elle tolère moins bien les
zones grises, compte tenu que l'ampleur de ses investissements en recherche
peut déterminer sa survie ou sa mort.
Quelques exemples de réussite
Afin de développer des partenariats de recherche avec la PME, quatre
exemples de réussites ont été présentés:
Animateur de l'atelier: M. Pierre Parent
Directeur
Bureau de liaison pour la recherche et le développement
Université du Québec à Montréal
Secrétaire de l'atelier: M. Jean Bernatchez
Agent de recherche
Service des études avancées et de la recherche
Université du Québec
Le discours politique encourage très fortement l'exploitation des
résultats de la recherche universitaire. C'est dans ce contexte que
les organismes subventionnaires ont mis sur pied différents programmes
qui ont pour objectif principal d'accroître la contribution de la
recherche universitaire au développement technologique, économique
et social.
Dans cette perspective, de nombreux programmes et autres modalités
de financement de la recherche ont été instaurés. Pensons
notamment au Fonds de développement technologique et au programme
Synergie; aux montages financiers et aux mesures fiscales incitatives; aux
subventions stratégiques des Conseils fédéraux et aux
Actions concertées du Fonds FCAR. À ce jour, beaucoup d'argent
a été investi. Certains de ces programmes sont même
sous-utilisés, ce qui implique que l'offre peut parfois excéder
la demande. Quels ont vraiment été les résultats tangibles
de cette vaste opération? Peut-on parler de succès?
C'est dans ce contexte aussi qu'ont été créés
les organismes et les centres de transfert de technologie, qui sont devenus
des acteurs importants de la recherche universitaire au Québec. On
peut mentionner ces quelques cas, qui s'inspirent de modèles bien
différents: le Centre de recherche en calcul appliqué (CERCA);
le Centre québécois de valorisation de la biomasse (CQVB);
le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM). Le centre
de transfert est-il un partenaire ou un concurrent des chercheurs universitaires?
Les services qu'offrent ces centres sont-ils suffisamment connus?
Finalement, le transfert de technologie et le partenariat créent
des attentes de toutes natures puisque la recherche universitaire et la
recherche industrielle ont leur finalité et leur utilité propres.
Ce sont en quelque sorte trois cultures bien différentes qui sont
en interaction: celle des chercheurs, celle des gestionnaires de la recherche
et celle des entreprises. Les Bureaux de liaison entreprises-universités
(BLEUs) jouent-il efficacement leur rôle d'interface entre ces différentes
cultures?
De façon générale, les participants et participantes
croient que les liens entre les entreprises industrielles et les chercheurs
universitaires sont encore très ténus, que les relations sont
d'importance variable d'un secteur à un autre et plutôt sporadiques.
Les organismes et centres de transfert sont peu connus des chercheurs universitaires
et de ce fait, ils sont souvent perçus comme étant des concurrents
potentiels plutôt que des partenaires. On remarque de plus un &laqno;fossé»
entre la culture universitaire et la culture industrielle, attribuable sans
doute aux préjugés (&laqno;les universitaires sont des méditatifs
qui ne respectent pas leurs délais» / &laqno;les
industriels privilégient la stricte rentabilité économique
à court terme») et à une méconnaissance réciproque.
Les participantes et participants constatent notamment que le comportement
de l'entreprise par rapport à l'université ne varie pas nécessairement
en fonction de sa taille, ou même de la valeur pécuniaire de
l'entente en cause; il varie plutôt en fonction de la position hiérarchique
des interlocuteurs. Ils notent aussi que les entreprises diffèrent
beaucoup les autres des autres, et ne constituent pas une réalité
monolithique.
Il importe finalement de se doter d'outils et d'indicateurs pertinents à
l'évaluation, dans une perspective macroscopique, de l'efficacité
du transfert et de l'exploitation des résultats de la recherche universitaire.
En conséquence, il faut évaluer les programmes de transfert
de technologie et les structures contribuant à ce transfert (centres
de transfert et BLEUs), et contribuer aussi à un rapprochement entre
la culture universitaire et la culture industrielle, dans une perspective
de complémentarité et de synergie.
Il est donc proposé d'organiser à l'automne 1996 un colloque
conjoint ADARUQ-ADRIQ sur l'évaluation des programmes et des structures
de transfert de technologie.
Différents modèles ont été proposés
afin de caractériser les mutations profondes de la recherche universitaire.
Les concepts de maillage, de structuration fonctionnelle, de regroupement
synergique, de globalisation et de contextualisation sont ceux que l'on
retrouve le plus souvent dans les discours scientifiques et politiques portant
sur le phénomène. Ce qui est assez facilement observable par
ailleurs, c'est le fait que le processus de recherche universitaire se complexifie
sans cesse. Et avec lui, sa gestion.
D'abord, la recherche est de plus en plus collective. Il faut donc gérer
le partage des tâches et la répartition des fonds. Il faut
aussi gérer ces aspects liés à la personnalité
des chercheurs, à leurs affinités professionnelles et à
la complémentarité de leurs expertises. Il faut aussi gérer
la propriété intellectuelle, ce qui devient de plus en plus
difficile considérant que le &laqno;résultat» de la
recherche est bien souvent attribuable aux efforts de plusieurs individus,
sinon de plusieurs unités de recherche.
La recherche vise aussi, de plus en plus, à répondre à
des besoins scientifiques, technologiques, économiques, sociaux et
culturels bien identifiés. À la gestion scientifique du projet
de recherche s'ajoute donc cette dimension business: livrables, délais
intégrés de production, rapports coûts / bénéfices,
évaluation du &laqno;produit» de la recherche non plus seulement
par les pairs, mais aussi par les utilisateurs.
Est-il toujours possible pour l'Individu-chercheur de gérer seul
tous ces aspects du processus de recherche? Est-il suffisamment appuyé
par son établissement d'appartenance? Les universités possèdent-elles
les outils, les ressources et l'expertise nécessaires à cette
gestion?
Les participants et participantes croient que non. Au plan de la propriété
intellectuelle plus spécifiquement, ils estiment qu'elle doit être
définie le plus rapidement possible dès le début du
projet, ce qui n'est pas toujours le cas. L'expertise québécoise
en gestion du transfert de technologie est jeune et les changements surviennent
à un rythme accéléré. Il faut se doter d'outils
permettant de considérer dans la gestion de la recherche ces nouvelles
réalités.
Il est donc proposé d'organiser régulièrement des activités
de formation, de perfectionnement et de partage d'expériences liées
spécifiquement à des aspects de la gestion de la propriété
intellectuelle et de la gestion des grands projets, auxquelles seraient
conviés les chercheurs et les gestionnaires de la recherche universitaire.
Les résultats d'une enquête récemment conduite par l'Université
Stanford auprès de 3 000 entreprises de Silicon Valley sont
brièvement présentés. Le tiers de ces entreprises ont
été créées grâce à l'implication
de personnes associées à l'Université Stanford. Par
ailleurs, seulement 5 % de ces entreprises avaient utilisé des
technologies issues de cette université. Il faut en conclure que
ce ne sont pas nécessairement les résultats de la recherche
universitaire qui comptent le plus, mais bien plutôt la mobilisation
des diplômés.
Ce qui importe c'est ce que ces diplômés ont dans la tête,
c'est la qualité de la formation de compétences: &laqno;...
the only role we've played is to provide an educated workforce that wants
to stay in the area and create value for new business. The results of our
survey came as a shock. But it told us that the principal business of universities
is educating people.» Au contraire, &laqno;the idea of tring to make
the research yield benefits that are local or immediate is the wrong way
to go [...] the idea that you can invest in a research center or university
in a fixed geographical place with the intention of benefiting the locality
is clearly incorrect». (&laqno;Roundtable: Whither Now our Research
Universities?», Physics Today, mars 1995, page 46, cité dans
Camille Limoges, &laqno;L'université entre la gestion du passé
et l'invention de l'avenir», communication non-publiée présentée
au Symposium de la Commission de planification de l'Université du
Québec [12 octobre 1995].)
Les participants et participantes remarquent qu'au Québec, généralement,
les étudiantes et étudiants ne sont pas suffisamment intégrés
au processus de recherche contractuelle. Pourtant, ils constatent qu'au
plan scientifique, eu égard à ses méthodes et sa logique,
la recherche contractuelle est très comparable à la recherche
subventionnée.
Certes, les universités sont plus &laqno;ouvertes» à
la recherche contractuelle. Elles constatent que le contrat de recherche,
bien que répondant souvent à un besoin concret et immédiat
identifié par l'entreprise, peut contribuer grandement au développement
d'une programmation qui s'inscrive dans une perspective plus fondamentale,
et au développement d'une collaboration suivie entre l'entreprise
et l'université, propice à l'innovation. Les entreprises aussi
sont plus enclines à s'associer à l'université, qui
dispose d'un bassin d'expertise appréciable. Mais ce serait nier
l'essence même de ce qu'est l'université que de mesurer la
pertinence de la recherche universitaire à sa seule contribution
à l'innovation.
Comme les conseils subventionnaires l'ont fait récemment pour le
cas de leurs programmes de subventions, les universités devraient
elles aussi s'associer à la recherche contractuelle uniquement lorsque
l'entente contribue à la mission de formation des étudiantes
et étudiants.
Il est donc proposé que les universités reconnaissent mieux
la pertinence de la recherche contractuelle à l'objectif de formation
des étudiantes et étudiants. Il est proposé par ailleurs
que les entreprises reconnaissent davantage la contribution appréciable
au processus de recherche des chercheurs en formation.
Force est de constater que la crédibilité des universitaires,
si elle est généralement reconnue dans les milieux spécialisés,
l'est beaucoup moins auprès de la population en général.
L'État demeure toujours le principal &laqno;actionnaire» de
la recherche, mais ses gestionnaires sont très sensibles aux préférences
de la population. La crise des finances publiques fait en sorte que l'heure
est aux choix de société. Et dans l'esprit de certains, ces
choix se posent sans grandes nuances: doit-on couper tels programmes de
subventions de recherche ou fermer tel hôpital? Aussi est-il plus
urgent que jamais de contribuer à une certaine forme de valorisation
sociale de la recherche.
Les participantes et participants proposent quelques pistes: diffuser les
résultats de la recherche à l'extérieur des frontières
où loge généralement la communauté scientifique;
développer de nouveaux créneaux basés sur la pertinence
sociale de la recherche; mieux reconnaître et favoriser la recherche-action,
la recherche-formation. Mieux valoriser également le travail du chercheur,
lui assurer un rayonnement et une publicité appropriés. Le
gestionnaire de la recherche doit par conséquent bien connaître
le chercheur, et le type de recherche qu'il fait. Le meilleur &laqno;vendeur»
d'un savoir ou d'un savoir-faire, c'est souvent le chercheur lui-même,
aussi les conférences de vulgarisation sont-ils des outils pertinents
de transfert de connaissances. Le gestionnaire de la recherche se présente
alors comme l'interface entre le scientifique et le public. Cela lui permettra
de plus de développer les réflexes et les compétences
qui lui permettront d'identifier plus facilement le potentiel des réalisations
des chercheurs avec lesquels il travaille.
Sur un autre plan, les participants et participantes remarquent que la recherche
sociale est peu présente dans le processus de transfert. Cela s'explique
principalement par le fait que cette présence est souvent mesurée
en termes financiers. La recherche en sciences humaines conduit à
des objets d'exploitation généralement très différents
de ceux des autres secteurs. Bien souvent, peu d'argent est associé
au processus puisque l'utilisateur de la recherche, dans plusieurs cas,
c'est la collectivité dans son ensemble.
Mais il faut garder à l'esprit que le chercheur du domaine contribue
de multiples façons à transférer son savoir et son
savoir-faire, en agissant comme expert, comme critique, en traduisant en
quelques mots simples un phénomène complexe, pour le bénéfice
des lectrices et lecteurs d'un journal. Et ces activités de transfert
ne sont généralement pas comptabilisées officiellement.
Mais plus encore, les sciences sociales et humaines, particulièrement
l'éthique, l'épistémologie et l'évaluation sociale
des sciences et des techniques, seront de plus en plus mises à contribution
puisque le milieu scientifique s'interroge davantage sur ses pratiques,
et que le public et les gouvernements exigent maintenant que l'université
fasse rapport de la pertinence et de la qualité de ses activités.
Il est donc proposé que les gestionnaires contribuent à la
valorisation sociale de la recherche en jouant plus activement ce rôle
d'interface entre les scientifiques et le public en général.
Il est proposé par ailleurs que les gestionnaires développent
les outils qui leur permettront de mesurer plus justement les activités
de transfert du domaine des humanités.