INTRODUCTION
Nous sommes en l'an 2005. Pour les moins jeunes d'entre nous, c'est le premier anniversaire d'une décennie après le grand choc des compressions budgétaires du milieu des années 90 dans le monde universitaire. On se souvient qu'à l'époque, l'opération avait été déclenchée par un constat évident de la faillite des finances publiques. Pour ajouter à cette situation déjà alarmante, le milieu universitaire vivait au même moment une crise de confiance, entretenue par des détracteurs souvent difficiles à identifier. Opposition entre enseignement et recherche, remise en question de l'accessibilité à l'université, coût plus élevé au Québec pour les études universitaires et perception fortement ancrée dans l'esprit de plusieurs que la recherche universitaire tardait à produire des retombées économiques et sociales : telles étaient les principales critiques manifestées à l'époque envers les Universités. Tout était donc en place pour une crise majeure.
Mais heureusement, avec plus ou moins de retard selon les organisations ou les individus, on avait assisté à un revirement spectaculaire de la situation. En effet, les principaux acteurs mis en scène avaient su relever la tête, prendre leurs responsabilités, faire face aux défis et surtout revenir à l'essentiel de la mission académique et identifier les voies à suivre pour redonner un avenir au monde universitaire. C'est finalement avec aplomb et en définitive avec assez de facilité qu'on avait généralisé un peu partout l'évaluation des enseignements et des enseignants. Il suffisait de se rendre compte qu'on ne pouvait valoriser quelque chose qu'on se refusait à évaluer. Ici d'ailleurs, l'exemple était venu de la recherche. En effet, pouvait-on penser à une activité ou une personne plus évaluée que la recherche ou le chercheur. Alors, il n'y avait pas de surprise de constater que la recherche en milieu universitaire était valorisée. Pourtant on avait trouvé une faille dans le système universitaire. En effet, on valorisait la recherche, on reconnaissait que le chercheur ou la chercheuse qui se présentait auprès des conseils subventionnaires pour un financement ou qui publiait dans les périodiques reconnus était constamment évalué, et pourtant lorsque venait le temps d'allouer les ressources financières aux unités, on était hésitant à en tenir compte. Il y avait là quelque chose de profondément illogique. La sortie de l'impasse budgétaire pour les universités passait par la résolution de ces illogismes. Nos communautés s'y sont attaquée avec volonté et ouverture d'esprit nécessaires.
Sans entrer dans des détails, passons en revue les quelques éléments qui ont été déterminants pour la restructuration de la recherche. C'est ainsi qu'on avait enfin clarifié la place relative que devait tenir la recherche dans la mission des divers établissements universitaires. L'élément déclencheur avait été la reconnaissance de l'intensité des activités de recherche dans le financement des universités. Soudainement, la voie pour la restructuration académique était apparue plus claire et pouvait s'appuyer sur les deux piliers de l'activité universitaire : la recherche et l'enseignement.
De façon avisée et dans une approche réseau, les universités avaient décidé d'identifier leurs priorités institutionnelles dans le domaine de la recherche. Même si la recherche universitaire au Québec était déjà probablement une des plus coordonnées ou concertées en Amérique, d'un point de vue interinstitutionnel, le mot d'ordre fut &laqno; choisir et exceller». Donnant à cette formule un caractère positif, les fruits en furent rapidement apparents surtout conjugués à une ouverture interinstitutionnelle pour les individus.
Un troisième élément avait joué un rôle déterminant dans le virage et globalement l'avait rendu possible. En effet, l'accessibilité aux études universitaires ne pouvait être un enjeu mais relevait beaucoup d'une fausse perception sociale où les autres formations n'avaient pas suffisamment été valorisées. Le terrain était prêt pour une diminution de la fréquentation du réseau universitaire. Toutefois, si on avait assisté assez rapidement à un rééquilibrage des populations étudiantes dans les diverses disciplines les universités avaient dû longtemps porter le poids des croissances artificielles et non justifiées de certains secteurs disciplinaires de la fin des années 80 et début 90. Libéré des approches inflationnistes, le coût public du réseau universitaire dans son ensemble avait été ramené à un niveau acceptable pour le Québec, sonnant ainsi le signal de la période du &laqno; faire autrement». On avait enfin compris qu'en recherche ce qui compte ce n'est pas la quantité mais la qualité. Ce qui aura surtout de l'impact sur notre développement, ce sont des cheminements individuels exceptionnels marquant leur présent et l'avenir.
Pourtant, la raison première du renouveau avait une assise beaucoup plus profonde. En effet, notre monde universitaire vivait sans trop le savoir, une crise de maturité sans précédent. Après une bonne trentaine d'années de croissance ininterrompue, on était arrivé à une syndicalisation mur à mur suivie d'une gestion des ressources humaines très centralisée, à une interprétation de la tâche professorale sans rapport avec les réalités des individus, à l'élaboration de services administratifs qui tournaient sur eux-mêmes et à la mise en place d'une administration lourde et souvent éloignée du quotidien, n'ayant plus de rapports directs depuis longtemps avec les gestes propres à accomplir la mission de l'université. On se souvient que c'est précisément à cette époque que sont arrivés à la tête de nos établissements des hommes et des femmes profondément imprégnés au quotidien de toutes les dimensions de la mission universitaire. Ils et elles surent témoigner d'un leadership qui retourna la situation et mobilisa la communauté universitaire, professeurs et étudiants, à faire leur métier &laqno;d'universitaire». Qui aurait dit, il y a une dizaine d'années, que notre monde universitaire québécois connaîtrait un tel renouveau?
Alain Caillé
Note : Vous aurez compris qu'il faut toujours rêver et que parfois les dimensions de rêve sont porteuses de vérité.