concernant le document de consultation
Vue d’ensemble :
Pour une Politique scientifique
du Québec
Présenté par
l’Association des administratrices
et administrateurs
de recherche universitaire du Québec
(ADARUQ)
Le 21 juin 2000
L’ADARUQ
Étant donné que la période de consultation coïncidait avec les vacances annuelles de plusieurs, les commentaires et propositions du présent mémoire ont été préparés par un comité restreint. Nous croyons cependant qu’ils représentent l’opinion de la majorité de nos membres.
Enfin, dans le seul but d’alléger
la présentation, nous vous prions de noter que le générique
masculin désigne aussi bien les femmes que les hommes.
Le document soumis pour consultation
en juin reconnaît enfin très bien ce rôle. Mais il semble
délaisser plusieurs aspects de l’innovation entrepreneuriale. Si
nous voulons que la valorisation des résultats de la recherche prenne
tout l’essor souhaité, ne devrions nous pas nous préoccuper
davantage de la capacité réceptrice des entreprises québécoises,
en majorité des PMEs. Nous croyons qu’il faut faciliter le dialogue
entre les entreprises et les universités et accroître le financement
des universités pour qu’elles puissent exercer pleinement leur mission
de recherche, qu’elle soit fondamentale ou appliquée, libre ou orientée.
Nous déplorons par
ailleurs l’absence totale des sciences humaines et des arts et lettres
du document. Les travaux des chercheurs québécois en linguistique
n’ont-ils pas mené à des logiciels performants et reconnus
à travers le monde? Les créateurs d’images et les génies
du logiciel n’ont-ils pas créé des entreprises performantes
et mondialement reconnues? Et que dire de la logique floue, mariage étonnant
de la philosophie et des mathématiques. Ce sont les alliances intersectorielles
qui créent les chefs d’œuvre du génie humain et les entreprises
de demain, ne laissons pas pour compte les humanités et les arts
et lettres.
Par ailleurs, il ne faut
pas que l’objectif de création de réseaux performants fasse
négliger la nécessité de soutenir les chercheurs à
la base; à quoi servirait un renforcement d’un réseau s’il
se faisait au détriment des membres qui le composent?
Il est important de souligner le statut particulièrement insécurisant de plusieurs carrières de recherche dans le domaine médical. Ces carrières qui sont financées sur des fonds de recherche renouvelables aux quatre ans n’offrent aucune sécurité pour les chercheurs. Les meilleurs sont appelés à quitter le Québec pour poursuivre leur carrière dans un milieu plus propice.
Par ailleurs, une piste à
envisager serait de donner aux professeurs les moyens pour qu’ils puissent
réaliser leur carrière correctement, c’est-à-dire,
leur donner la possibilité de faire appel plus facilement à
des auxiliaires de recherche et à des auxiliaires d’enseignement
pour les seconder dans leurs tâches.
Nous nous expliquons donc
mal l’importance qui est donnée en particulier aux centres de recherche.
La lecture du texte nous laisse même croire que le gouvernement favoriserait
les centres au point d’en faire des unités autonomes qui néanmoins
élisent toujours domicile au sein d’établissements universitaires
avec tous les privilèges que cela implique : administration, assurances,
aspects juridiques, infrastructure, etc. En voulant favoriser l’environnement
du chercheur de centre, veut-on encore une fois créer deux filières
de carrière : l’une riche et l’autre appauvrie, quelle que soit
la force du chercheur? Veut-on évacuer le rôle des universités
en recherche au profit des centres? Ou encore, donne-t-on plus de pouvoirs
aux centres de recherche dans le but de contourner la lourdeur de certaines
conventions collectives? Il est important de ne pas oublier que bien des
centres de recherche sont nés autour de quelques chercheurs particulièrement
inventifs. Il ne faut pas qu’une structuration excessive de la recherche
vienne étouffer les initiatives créatrices et l’exploration
hors des sentiers battus.
Le problème a récemment
été exacerbé par le financement d’infrastructures
par la Fondation canadienne pour l’innovation qui ne prévoit pas
les coûts d’entretien et d’opération des nouveaux équipements.
Si l’on ne veut pas que ces infrastructures connaissent une désuétude
précoce, il est urgent d’agir.
Nous sommes par ailleurs
favorables à la suggestion d’augmenter le nombre de bourses octroyées
au mérite par les organismes subventionnaires. Nous voulons profiter
de la présente pour signifier également notre appui à
la démarche que le Ministère de la Recherche de la Science
et de la Technologie (MRST) a entreprise avec les organismes subventionnaires
québécois auprès du Ministère des finances,
qui vise à exempter d’impôt les bourses postdoctorales.
La différence entre les frais en milieu hospitalier (20 %) et ceux du milieu universitaire (qui peuvent atteindre 40 %) est également la cause d’un certain maraudage en faveur du milieu hospitalier lorsque la recherche le permet (en biomédical par exemple). Un professeur donné peut donc faire émettre le contrat par le centre hospitalier auquel il appartient et réaliser la recherche dans le milieu universitaire, privant ainsi l’université de deniers auxquels elle a droit. Une situation encore plus absurde est celle que l’on retrouve dans certains laboratoires où se côtoient des professionnels de recherche rémunérés, dans un cas sans bénéfices sociaux et dans l’autre, avec bénéfices sociaux, à cause de leur appartenance respective à des entités différentes. Ces différences ne devraient pas être permises.
Certains diront que s’il était impossible de négocier les frais indirects, les clients iraient faire réaliser leur recherche en Ontario ou ailleurs. Nous croyons que la recherche universitaire québécoise a atteint la maturité et la qualité qu’il se doit pour être en mesure de prendre sa place et d’imposer ses frais indirects.
Nous souhaitons qu’une seule règle régisse les frais indirects de la recherche. Si l’on juge qu’elle doit être modulée en fonction des secteurs de recherche, soit, mais attention aux aberrations et aux effets pervers qui peuvent être suscités par cette modulation. L’ADARUQ invite donc le ministre de la Recherche, de la Science et de la Technologie à décréter une règle unique à travers le Québec et à donner aux établissements universitaires les moyens qu’il faut pour la faire respecter. Il va sans dire qu’une telle règle devrait manifestement faire l’objet d’un consensus au sein du milieu. À cet effet, l’ADARUQ offre son appui et sa participation à tous travaux que le ministre jugera nécessaires, qu’il soit question d’une définition commune de la notion de coûts indirects, de convenir d’une formule de financement ou enfin d’une règle qui régirait les frais indirects dans le cas de contrats et subventions.
De même, il nous apparaît
impératif que le MRST joue un rôle de leader à ce sujet
auprès des autres ministères québécois et qu’il
invite le gouvernement fédéral à le suivre dans cette
foulée.
Nous accueillons aussi favorablement l’harmonisation croissante des organismes subventionnaires provinciaux entre eux. Tout en respectant leurs particularités distinctes, les trois organismes et leurs clientèles ne peuvent que gagner de cette concertation. Plus particulièrement, nous voudrions souligner notre appui au projet CANTOR, initiative voulant harmoniser les formulaires, les procédures de demandes d’aide financière, mettre en commun les bases de données des organismes et faciliter la gestion des demandes, tant au sein des universités qu’au sein des organismes subventionnaires. Cette approche aidera à réduire le surplus de travail en administration de la recherche, tout en permettant un meilleur accès aux données recueillies par les organismes subventionnaires. Cependant, nous insistons pour que les responsables du fichier SIRU du MEQ participent pleinement à cet exercice afin d’y intégrer la reddition de comptes à ce ministère pour la gestion des frais indirects de recherche.
Nous voudrions cependant souligner la prolifération presque exponentielle de nouveaux programmes de financement et son effet sur l’administration de la recherche et même sur la recherche en soit. Les chercheurs et les administrateurs sont étourdis par cet accroissement assez exceptionnel au cours des dernières années. Ce que nous percevons de cette croissance est une concentration des ressources auprès de quelques chercheurs, et une bureaucratie grandement alourdie. Nous espérons que de la concertation des organismes subventionnaires pourra résulter une certaine réduction du nombre de programmes.
Plusieurs ministères provinciaux sectoriels offrent également des programmes de financement de la recherche. Pour certains, les règles, lorsqu’elles sont établies, sont floues. Et que dire des programmes où, sous le vocable " subvention ", se cachent effectivement des contrats de recherche qui désirent échapper aux frais indirects de recherche. Les administrateurs de recherche universitaires sont tellement débordés qu’il ne leur est pas toujours possible de demeurer vigilants par rapport à certains programmes.
Étant donné la rigueur qui existe au sein des organismes subventionnaires québécois, pourquoi ne leur confierait-on pas la gestion des programmes des ministères sectoriels, en particulier ceux qui concernent les chercheurs universitaires?
Quant à l’harmonisation
des missions des trois fonds, nous apprécierions, qu’avant de voir
à leur adoption, elles soient soumises rapidement à l’ensemble
des intervenants afin de recevoir les réactions du milieu.
Quant au processus de programmation et d’identification des activités prioritaires, les universités, surtout les directions de coopération internationales, devraient pouvoir alimenter et participer à cet effort.
À titre d’exemple,
nous croyons que la collaboration internationale s’est concrétisée
dans le programme de cotutelle de thèse qui permet à un étudiant
québécois ou français de faire son doctorat parallèlement
dans deux universités, québécoise et française.
Le gouvernement québécois pourrait songer à négocier
des ententes bipartites avec d’autres partenaires étrangers pour
la mise en place de programmes spécifiques de soutien aux recherches
conjointes.
Nous appuyons fortement les mesures visant à introduire du personnel scientifique et technique dans les entreprises. Ces mesures accroîtront la capacité réceptrice des entreprises et, éventuellement, les dépenses des entreprises en R-D. De telles mesures devraient être mises en place dans toutes les régions du Québec avec la collaboration des universités; elles pourraient prendre la forme, par exemple, de bourses pour les stages dans les PMEs dans le cadre de programmes coop.
Par ailleurs, la performance
des PMEs de tous les domaines peut aussi s’accroître par l’utilisation
de méthodes de gestion plus modernes, en particulier l’intégration
plus poussée des technologies de l’information et des communications.
Le financement de stages dans les PMEs pour des étudiants aux cycles
supérieurs dans les secteurs des sciences de la gestion pourrait
contribuer à l’amélioration de cette situation.
Par ailleurs, l’ADARUQ retient
favorablement l’intention du gouvernement de soutenir en priorité
de nouveaux CLT dans le secteur des sciences sociales et humaines. Il nous
semble effectivement que le Québec détient une expertise
dans ces domaines qu’il serait important de transférer dans la société.
En premier lieu, à cause de la propriété indivise. Alors que dans son introduction le document préconise la propriété unique, en fait même son éloge, ce avec quoi nous sommes en parfait accord, l’encadré propose une propriété intellectuelle conjointe et indivise entre l’université et le chercheur.
En deuxième lieu, parce que ce texte semble faire abstraction complète du fait que la propriété intellectuelle est régie, dans la plupart des établissements universitaires ou leurs centres affiliés, par des conventions collectives convenues entre les professeurs et les établissements ou par des politiques adoptées par les conseils d’administration des établissements. En outre, les dispositions en matière de propriété intellectuelle diffèrent d’un établissement à l’autre et les établissements ne disposent pas de moyens qui leur permettent de les modifier pour tenir compte du changement de contexte.
Or, le gouvernement qui finance
les établissements universitaires et leurs centres affiliés
s’attend dorénavant à des retombées économiques.
On reconnaît davantage, aujourd’hui, que la propriété
intellectuelle a une valeur, qu’elle se doit d’être protégée,
valorisée, exploitée et défendue. Nous croyons que
cette problématique particulière serait grandement simplifiée
si l’université, ou son établissement affilié, détenait
entièrement les droits de propriété intellectuelle
sur les résultats obtenus. Et ce pour plusieurs raisons :
Compte tenu de ce qui précède, nous concevons qu’il n’y a qu’une façon de s’assurer que les établissements soient effectivement titulaires des droits de propriété intellectuelle: légiférer. Nous proposons donc l’adoption d’une loi similaire à la loi américaine Bayh-Dole. Cette loi, adoptée en 1980, confère aux universités américaines les droits de propriété intellectuelle sur les résultats de recherche obtenus grâce à des fonds publics et, conséquemment, leur permet de bénéficier de l’exploitation de ces résultats. De plus, cette loi :
Dans le cadre de notre intervention
sur la propriété intellectuelle, nous aimerions apporter
un nouvel éclairage sur les sociétés de commercialisation
récemment créées par VRQ. Ces sociétés
deviennent un intervenant de plus dans la gestion de la propriété
intellectuelle car elles exigent sa propriété et sa gestion.
Qui plus est, ces sociétés imposent une exclusivité
combinée à un droit de premier refus sur tous les projets
en provenance des établissements associés. Ceci oblige les
établissements à maintenir presque entièrement les
structures existantes de valorisation de résultats de recherche.
Nous craignons que la venue des nouvelles sociétés crée
une bureaucratie lourde et pas très utile en ce qui concerne les
sociétés dérivées car il y aura de moins en
moins d’argent pour supporter les projets en démarrage. De toute
façon, croire que ces sociétés s’autofinanceront sur
un horizon de 5 ans est utopique.
Quant au cadre global pour
la négociation de contrat de recherche nous sommes d’avis qu’il
ne peut y avoir de contrat type étant donné que chaque contrat
est le résultat d’une négociation. En revanche, nous croyons
qu’un règlement concernant les frais indirects serait très
judicieux, comme nous l’avons souligné plus haut.
Cependant, nous voudrions ajouter qu’il faudrait aussi renforcer la formation éthique auprès des professeurs en place au sein de nos établissements. De plus, il serait souhaitable d’assurer une certaine rigueur envers les projets touchants les humains. On note plusieurs inégalités à ce sujet, malgré les directives des conseils subventionnaires fédéraux en la matière.
Il serait important de préciser le rôle de chacun des intervenants en gestion de l’éthique en recherche. L’université, le comité d’éthique, le chercheur et l’étudiant ont chacun leur responsabilité propre. Il reste cependant des zones floues qui peuvent mener à des dérapages importants. Il faut assurer aussi le suivi des recommandations des comités d’éthiques. Encore une fois cette mesure n’est pas effectuée partout.
On est au début d’une
réorganisation et les établissements universitaires n’ont
pas les ressources qu’il faut pour rendre cette réorganisation à
terme. Les comités d’éthique connaissent d’importantes difficultés
de recrutement. Il faut de l’argent, il faut du temps, il faut de l’organisation
et de l’expertise. Le processus est de plus en plus exigeant et le nombre
d’intervenants ne cesse de croître. L’ADARUQ espère que la
prochaine politique scientifique sera en mesure d’insuffler les ressources
nécessaires à une saine organisation de l’examen éthique
des protocoles de recherche.
Il sera nécessaire au MRST d’assurer la coordination des efforts pour atteindre les objectifs de la future politique scientifique du Québec.
À ce titre, l’ADARUQ croit que le MRST devrait être pour la recherche ce que le Conseil du Trésor est pour la gestion gouvernementale. Sa portée doit être aussi horizontale que possible au sein du gouvernement, auprès des ministères, organismes sectoriels et organismes parapublics qui s’intéressent de près ou de loin à la recherche, à l’innovation et à l’entrée résolue du Québec dans la société du savoir.
L’ADARUQ vous offre ainsi son soutien indéfectible.